Maintenant que nous avons mis nos 10 pieds sur le sol Brésilen,
il est plus que temps de tirer le portrait de celle que nous venons de quitter, j’ai nommé : 
Buenos Aires, la Grande.

Jour Lampda, parmi un voyage pas tout à fait Lambda : 

11H45 am. (« waouw déjà? Non mais j’avance un peu là! »)

« Mais quelle heure il est en France, là maman?! » Même après plusieurs jours passés en Argentine, la question a toujours autant d’intérêt pour les enfants… plusieurs fois par jour.(sauf pour Ulysse qui n’est intéressé par l’heure que si elle lui indique qu’on va passer à table).

Il est l’heure de profiter de la journée, en extérieur. L’appartement est rangé, les « devoirs » sont faits, la sieste du matin d’Ulysse a été préservée. C’est le moment de sortir, on ne tient plus. Cet appartement est très bien situé, mais il est très sombre car au premier étage d’un immeuble entouré par d’autres. Nous avons besoin de voir de quelle couleur est le ciel.

Sur le palier, les enfants appellent cet ascenseur d’un autre temps, qu’ils adorent prendre (Quand je pense qu’en France on leur paye des tours de manège… quelle bêtise). Les deux portes, qui sont en fait des grilles, grincent et sont difficiles à manipuler pour un petit garçon de 4 ans et demi. Mais chaque jour, il y met toute son énergie pour le faire « seul ». Apolline demande confirmation qu’il faut bien appuyer sur PB pour descendre au rez-de-chaussée(Oui, c’est logique, non?! « Planta Baja »… vous voyez que vous avez bien fait de vous inscrire à l’Email du Lundi)

On les retrouve en bas quelques secondes plus tard. En sortant de l’immeuble, nous ne manquons pas de saluer le concierge qui est, comme toujours, derrière son modeste bureau en train de regarder un match de football ou autre vidéo sur son smartphone. Il lève toujours le nez pour nous saluer. (Il faut dire qu’avec notre horde de nains joyeux, on ne passe pas inaperçu)

Sans doute, si nous avions plus de notions en espagnol, aurions-nous pris plaisir à faire connaissance avec lui. 

Nous mettons donc enfin le nez dehors. Inspiration à pleins poumons en scrutant le ciel. Expiration. Le ciel est dégagé, il fait bon, il fait meilleur de jour en jour. Le printemps ne va pas tarder à arriver. Nous devrions pouvoir retirer notre veste d’ici peu.

Que cela fait du bien d’être dehors et d’avoir tout cet espace!

C’est en sortant de l’appartement que l’on se rend compte qu’il est trop petit pour 5 personnes. (on s’en doutait mais contrainte budgétaire oblige, on s’entasse!)

« On va où ?!  lance Apolline. À gauche ou à droite ? »
 « Euh… bah…n’importe ! Allez, à droite ! »

On s’éloigne de l’Avenida 9 de Julio (qui est en popularité ce que sont les Champs Elysées à Paris) qu’il faut traverser en 3 fois (sans frais… sous réserve d’avoir bien attendu que le bonhomme devienne blanc, oui, oui, j’ai bien dit « blanc »)Impressionnante artère mais on n’est pas tenté aujourd’hui. 

On se faufile dans les petites rues à sens unique où la circulation est régulière et assez dense. « Suipacha », « Viamonte », « Paraguay », « Tucumán », « Sarmiento »… on enchaîne les centaines de mètres en profitant du décor. Une fois à droite, tout droit… 2 fois à gauche… puis à droite à nouveau, puis… 

Avec quelques jours d’expérience dans cette mégalopole et le damier que forment les rues de cette ville nouvelle, il nous serait presque impossible de nous perdre (j’ai dit « presque », on reste modeste)C’est dommage, j’aime m’égarer dans une ville, me demander où je suis, perdre mes repères.

Heureusement, les enfants sont là pour me donner l’impression que je n’ai pas :
« On est loin de l’appartement, là, maman ? » Pas vraiment, non.
« On s’éloigne ou on se rapproche de l’appartement ? » On s’éloigne.
« Quand est-ce qu’on va se rapprocher? » (Oh… tu veux pas savoir…)

Devant nous, un magnifique hôtel s’apprête à livrer une flopée de touristesà ce bus grand confort, qui attend patiemment garé au pied de la porte. Plus loin, un immeuble d’habitations un peu vieillot d’une demi-douzaine d’étages n’attire que peu notre attention car à l’angle de la rue, un bâtiment désaffecté dénote un peu dans le paysage. Son crépis rouge, bien que délabré, nous laisse penser qu’il a eu son heure de gloire. Peut-être était-ce un restaurant avec ce petit balcon au premier et seul étage, et cette baie vitrée en arrondi ? Devant l’entrée principale, un homme y a élu domicile. Nous croisons son campement : un matelas épais trop grand pour un homme seul et 2 ou 3 couvertures souillées. Il vit là, ne fait pas la manche, ne demande rien… explicitement. La vie défile sous ses yeux démunis. 

« Qu’est-ce qu’il fait là, le monsieur ?! ».
Il nous faut expliquer aux enfants sa vie, que nous ne connaissons pas. Nous émettons des hypothèses sur les raisons par lesquelles il est arrivé là. Croiser la misère fait partie du voyage et de l’apprentissage de la vie, celle que l’on fuit tous. 

Un vélo fait une embardée et nous sort de nos pensées teintées de gris : un taxi noir et jaune, typique de la ville, aura tenté un rapprochement indélicat. 

« On va où papaaaaaaaaa ?! » 
« On ne sait pas, on se promène pour continuer de découvrir la ville » 
« Oui, mais est-ce qu’il y aura des parcs pour enfants ? »
« On ne sait pas, on va voir, si on en trouve un, on s’arrêtera pour jouer, ça vous dit ?! » (la positive attitude et la perspective du meilleur aide les enfants à avancer)
« Ouiiiiiiii » répondent en cœur nos 2 « grands ». (ça fait notre affaire)

Découvrir une ville avec eux, c’est aussi découvrir une ville avec des yeux et des repères d’enfants:
– La Plaza Vicente López est devenue « le parc avec les 2 toboggans ».
– El Obelisco est évidemment devenu « l’obélix » ou « l’olébisque » (de homard… désolée je n’ai pas pu m’en empêcher).
– La célèbre Plaza San Martín, avec la sculpture d’un des héros des indépendances sud-américaines est devenue, « la place où il y avait un monsieur qui avait un drône ». (San Martín peut ranger son sabre, descendre de son destrier et passer commande sur Am… pour un drône s’il veut avoir la cote)

Nous avons quitté l’appartement en fin de matinée et nous marchons depuis trop longtemps : il se fait faim. Le moral des troupes est en berne. Heureusement, nous avons une botte secrète :

« Qui veut une tournée d’empanadas!? »(oui, oui, on est des fous, on fait des tournées d’empanadas, c’est plus rock’n’roll)

Ces petits chaussons fourrés nous permettent de faire une pause dans notre déambulation et de nous régaler pour un prix très modeste. Nous y avons recours régulièrement. (au diable les 5 fruits et légumes par jour…)

Empanadas jambon-fromage, poulet ou légumes verts sont les plus répandus. 

« Jambon-fromage pour nous!! » lance Apolline qui veut assurer ses arrières.

Ulysse ne parle pas encore(notre langue) mais il n’en a pas besoin : son excitation au moment où l’on entre dans une de ces boutiques de vente-à-emporter vaut toutes les paroles du mondeIl gigote dans tous les sens en vociférant des encouragements bienveillants(c’est presque sûr…) pour être servi dans les délais les meilleurs. 

Nous pouvons maintenant continuer la promenade, chacun accroché à son coupe faim local. 

Sur une place, un couple de danseurs de tango bien seuls nous accoste. Ils proposent aux enfants de faire une photo avec eux, façon TANGOApolline accepte, Lysandre reste caché dans mes jupes(bon la vérité, c’est qu’il est caché dans mon pantalon taché… mais c’est moins classe, donc je ne vous le dis pas). Ils nous demandent, comme on l’avait bien imaginé, « una contribución », on s’exécute.  Nous profitons ensuite de leur première danse. Un beau moment de grâce et de style. Cela nous coûtera une deuxième « contribución ». Soit. 

Avec cet après-midi-balade et le temps passé au parc pour enfants (qu’on a fini par trouver, merci le Dieu des parcs pour enfants), les kilomètres se sont enchaînés et les réserves d’énergie sont basses. Nous nous voyons mal proposer aux enfants de rentrer à pied.

Un plan B s’impose.

Après s’être fait refouler d’un bus car les chauffeurs ne vendent pas de ticket à bord, nous faisons le nécessaire pour nous procurer la SUBE, la carte de bus pré-payée, le grââl. Nous nous rendons à l’arrêt approprié et nous adaptons à la culture argentine. Il est absolument admirable pour nous français, de voir les gens former une file d’attente aussi longue que nécessaire pour respecter l’ordre d’arrivée à l’arrêt de bus, et donc l’ordre de montée dans ledit bus. Ce serpentin de voyageurs, seuls pour la plupart, est juste : beau(Je me revois à l’arrêt de bus 607b à Sevran pour rentrer chez moi aux heures de pointe… une autre ambiance).

Le trajet est un moyen de profiter de la ville aussi, avec le petit suspens offert car il n’y a pasde plan de ligne et/ou d’annonce des arrêts à bord. Mieux vaut avoir le sens de l’orientation pour s’arrêter à peu près au bon endroit où trouver une âme charitable pour nous renseigner en anglais. Autant dire chercher une aiguille dans une botte de foin.

Si les français ne sont pas réputés pour leurs compétences en anglais, ils ont quand même un peu le mérite d’essayer, non ?! (dit la prof d’anglais qui se voile la face) Ici, les Argentins ne sont pas intéressés par le sujet et pas complexés. Soit. On peut comprendre qu’un vendeur de fruits et légumes dans un quartier peu touristique ne se soit pas donné la peine. Je n’ai toujours pas compris, en revanche, comment il est possible que l’hôtesse du check-in de l’aéroport de Buenos Aires ne soit pas en mesure de nous poser les quelques questions d’usage dans la langue de Shakespeare. Sans même nous adresser la parole, elle a échangé son guichet avec le guichet de sa voisine… à peu près autonome en anglais-d’aéroport. (Mais je divague, nous étions dans le bus, on reprend… je vois que certains assis près du radiateur avaient perdu le fil)

Une fois descendu du bus (donc), nous faisons route vers notre appartement, non sans repasser au « carrefour express » du coin de la rue pour quelques courses d’appoint. A Buenos Aires, le pain est de mie, le « dolce-de-leche » remplace le nutella, la « mozzarella » ressemble à une bûche de gruyère trop mou, les fruits et légumes sont toujours absents des petites supérettes, les yaourts s’achètent à l’unité, et le sourire ne fait pas partie de la charte d’accueil du client. 

En étant restés une dizaine de jours à Buenos Aires, nous avons quand même fini par échanger quelques sourires avec les locaux… (et encore, parce qu’on avait les enfants… NB: les enfants en voyage, c’est pas si mal)mais ça n’a pas été monnaie courante. On a fini par s’y faire mais cela nous a troublé au début. Peut-être la fraicheur de l’hiver a-t-elle un impact sur le moral et le rayonnement des Buenos-Airien.ne.s (les porteños).

Il est maintenant presque 19h et la nuit est tombée, le moment pour nous d’aller mettre ce petit monde en pyjama et de faire chauffer cette soupe de lettres que nous venons d’acheter.

Voyager en hiver a au moins un avantage, il nous facilite la préparation des repas dans un appartement qui est guère adapté pour cuisiner. 

« Celui qui trouve toutes les lettres de son prénom en premier a gagné ! »(ça n’est pas une légende, faire un tour du monde c’est vraiment une suite d’expériences folles!)

02.09.2019